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Médecin généraliste et du sport dans les années 1980, Luc Dayan s'est orienté vers le marketing sportif en créant sa société WND (What's New Doctor). Il a notamment travaillé avec Canal+ à l'époque du grand PSG omnisports. Il dénonce régulièrement la dépendance excessive des clubs français historiques, la gouvernance et la fragilité du modèle économique actuel du football professionnel en France. Passionné de sport, il a été président de nombreux clubs en difficulté pour les aider à se restructurer : LOSC, l’Entente Sannois-Saint Gratien, FC Nantes, RC Strasbourg, FC Lens, notamment, mais aussi l’OGC Nice, VAFC, l’ASSE, le Sporting de Bastia…. Producteur de films à l’occasion (« Race » ou Le Rêve Américain, plus récemment), il a « redémarré » le club de basket de Levallois (les Metropolitans) qui vient de rejoindre le championnat Elite 2 (pro B).
« Luc Dayan, le modèle économique actuel du football et du sport pro est-il devenu structurellement incompatible avec l'éthique sportive et l'ancrage local ? »
Je distinguerais le modèle économique du football et celui des autres sports professionnels, parce que ce sont des mondes différents.
Le football, seul sport collectif de dimension mondiale, reste l’opium du peuple où l’on parle d’argent toutes les cinq minutes. Il est synonyme aujourd’hui de contrôle, de pouvoir et intéresse non seulement les chefs d’entreprise mais aussi les chefs d’Etat. L’argent est apparu massivement dans les années 80 lorsque les télévisions et les sponsors sont arrivés, exploitant la dimension spectaculaire du sport, mais aussi en le transformant.
La communication s’est progressivement axée sur le montant des transferts et les salaires faramineux. Les gens vont désormais au stade pour applaudir des joueurs qui gagnent cent fois, mille fois leurs salaires, comme ils vont à Saint-Tropez pour essayer d’apercevoir des vedettes du show-bizz et leurs somptueux yachts. Quand on entre dans des sphères où les transferts se comptent en dizaines, voire en centaines de millions d’euros, on déborde du cadre du sport.
Les milliardaires qui sont attirés par cet univers investissent parfois à perte dans des clubs, et ce jusqu’à ce qu’ils en aient assez de leurs joujoux. Les notions de propriété des clubs, d’ancrage local ont explosé. Certains actionnaires ne sont plus du cru, évoluent parfois en multipropriété, ou même sous forme de fonds d’investissement. L’argent est partout, et peut amplifier la corruption qui existe depuis des années dans cet univers.
Comment préserver les valeurs éducatives et le respect de la règle auprès des jeunes pratiquants d'un sport « marchandisé » ?
Il faut former très rapidement les jeunes joueurs qui entrent dans les centres de formation. Eduquer leur entourage. De façon dépassionné et méthodique. Parce que les sommes en jeu sont monstrueuses et que la connaissance et la gestion de l’argent ça s’apprend ! Lorsqu’une famille se voir proposer 100, 200 ou 500 000 euros pour que leur enfant rejoigne tel club et tel centre de formation, je peux comprendre que cela fasse tourner les têtes.
On a l’impression que c’est de l’argent facile. Comme dans la finance… Ils sont soudain déconnectés du réel. L’argent qui afflue donne certes accès à la liberté. Mais c’est quand il n’est pas maîtrisé qu’il pose problème. C’est pourquoi il faut qu’ils appréhendent au plus vite le nouvel univers dans lequel ils évoluent et ne pas se laisser dévorer par lui. »
Recueilli par Gilles NAVARRO
( Photo de gauche à droite : Luc Dayan, Gina Hemphill - Strach, petite fille de Jesse Owens, et Bouna Ndiaye )