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par Béatrice Mabilon-Bonfils - Professeure d'Université -Laboratoire BONHEURS
Depuis la fin des années 1980, face à la crise du lien social, le sport est souvent présenté comme un levier d’intégration sociale dans certains quartiers populaires, comme à Marseille.
Face au constat de désorganisation sociale de certaines zones de relégation sociale, les politiques publiques ont mis en place des dispositifs sportifs pour (re) mettre les jeunes sur la voie de l’insertion sociale. C’est l’intégration qui est ici visée: que les individus s’inscrivent dans une forme de solidarité organique, et adhèrent aux buts et valeurs de la société en se conformant aux règles prescrites.
Les travaux de recherche de terrain invitent à penser la pratique du football non comme un défouloir, mais comme le résultat et le support d’un véritable processus de socialisation, notamment dans les quartiers populaires. Le football est un incubateur d’une culture commune, entre identification affective, émotions et reconnaissance.
A Marseille notamment, les pratiques du foot amateur sont portées par l’appartenance (à une ville, à un quartier), le plaisir d’être ensemble et non par la contrainte externe des normes. La pratique du football amateur construit à Marseille une forme de vivre en semble moteur de cohésion sociale, de diversité, de mixité et d’émotions partagées. Le football au travers de l’Olympique de Marseille emblématique de la culture locale occupe un espace particulier.
Le chercheur Christian Bromberger montre que la composition même de l’équipe fonctionne comme une sorte de reflet, certes idéalisé, de la population et de la pluralité des apparte nances. Le football, par les principes d’identification locale qu’il mobilise, offre à Marseille, ville du Sud parfois stigmatisée dans un pays encore très jacobin, un sentiment de cohésion, d’union, et d’émotions collectives. Dès lors, la pratique du football-amateur à forte charge émotionnelle remplit dans cette ville des fonctions de socialisation.
Fabrice Coulomb dans sa thèse sur « La pratique du football dans la banlieue de Marseille et de Paris: approche anthropologique de la transition sociale », montre qu’à Marseille, la socialisation identificatoire que produit le club de l’OM par son image produit chez les adolescents des cités, un support de construction identitaire qui participe à l’intériorisation de valeurs communes: le pouvoir intégrateur des clubs est réel pour les populations fragilisées.
Tom-Edouard Mabilon dans sa recherche sur les pratiques du foot ball amateur à Marseille montre que le club de sport s’intègre dans une Communauté qui va permettre à des enfants / adolescents de faire l’expérience de la vie de groupe. Les relations y sont durables, la solidarité s’y construit. Les enfants, dans certains cas livrés à eux-mêmes, deviennent des adolescents dans le club de foot. Les naissances, les mariages, les accidents de la vie viennent marquer de leur empreinte la vie du club, bien au-delà de son caractère purement sportif.
Passé l’adolescence où le jeune ne peut plus prétendre à une carrière professionnelle, le football amateur est porté par des clubs non professionnels. Entre l’école et la famille, ces clubs constituent un espace intermédiaire, ce qui a l’avantage pour les jeunes de ne pas être une institution. Les enjeux y sont moins forts, la participation n’y est pas obligatoire mais on s’y forme aussi… autrement. Dès lors, la pratique du sport devient un temps et un moment d’épanouissement mais aussi d’égalité, de construction de valeurs communes. Le football amateur n’est donc pas seulement une propédeutique au sport d’élite, elle est la trame majeure de la socialisation de certains quartiers. Cela ne signifie pas que les terrains et clubs soient exempts de violences mais qu’ils peuvent être des leviers de construction de vivre ensemble, de respect réciproque, de cultures communes.
Béatrice Mabilon-Bonfils