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TRIBUNE

Michel Gomez - photo La Dépêche

« Un projet accepté est un projet qui réussit » - Michel Gomez - ancien international et entraîneur (basket)‍

Depuis plus de quarante ans qu’il entraîne, Michel Gomez a connu le succès avec toutes les équipes qu’il a dirigées. Mais sa plus grande fierté est d’avoir transmis son amour du basket aux jeunes générations. Formation, passion, transmission sont ses trois véritables motivations.

‍Michel Gomez, le sport a beaucoup changé depuis que vous étiez un jeune gymnaste normand prometteur, promis à un bel d’avenir avant de trouver votre bonheur au basket, du Caen Basket- Club aux filles du Dieppe Basket 76 en passant par l’ESM Challans, le CSP Limoges, l’Elan Béarnais-Orthez, la Grèce ou l’équipe de France ?

‍Oui, les choses ont beaucoup changé. Ce que j’ai vécu dans les années 60, où je pratiquais tous les sports que je pouvais, dans un quartier populaire de Saint-Etienne-du-Rouvray (76), n’existe plus. Je faisais de la gymnastique, de l’athlétisme, du football, du basket, du cross-country… J’avais l’esprit dudéfi, du risque. Je pratiquais la gym 6 ans, parce qu‘à 13 ans, je mesurais déjà 1,83m. Aujourd’hui quand je vois les parents ou entraîneurs hurler au bord des terrains, se jeter entre eux, engueuler leurs gamins, ils leur mettent une pression incroyable. Pour moi le premier qui doit se remettre enquestion, c’est l’entraîneur. Moi, mes parents ne venaient jamais me voir, et quand on effectuait un déplacement, ceux qui venaient nous supporter étaient au fond du bus, pas au milieu des jeunes ou des joueurs. Nous n’avions pas cette pression du club, de l’entraîneur, du résultat.

Comment vous réagissiez quand des parents des équipes de jeunes que vous entraîniez étaient trop présents ?

J’allais les voir que ce soit à Rouen, à Challans , à St Saens pour leur expliquer leur rôle et les attitudes qu’ils devaient avoir. Quand je voyais un gamin à qui la mère laçait ses chaussures, je me disais : « là, il y a un problème… » Un jour lorsque j’entraînais Le Havre (2000-02), j’ai vu notre Ricain, Marcus Gorec, refiler une pièce à un espoir qui lui portait son sac. Je lui en ai fait la réflexion, et il m’a répondu « qu’il était d’une famille de 8 filles, et qu’il était le seul garçon. Ses sœurs étaient à ses petits soins... » Il faut seconnaître, échanger, pour mieux se comprendre. L’Observation avant de juger permet de comprendre les différences. Pour moi, il existe trois esprits : l’esprit de club, l’esprit d’équipe, et l’esprit du jeu. Quand on parvient à marier les trois…on arrive à créer un climat de confiance, de solidarité et de sérénité.

Vous avez entraîné les meilleures équipes françaises de votre époque, qu’est-ce qui vous pousse à continuer d’entraîner aujourd’hui ?

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La PASSION
(mes premiers diplômes que j’ai obtenu à 12 ans c’est grâce à mon entraîneur de Gymnastique). Le PLAISIR de la transmission. J’aime la pédagogie, l’échange. Le PARTAGE Accompagner les enfants ou les jeunes joueurs dans leur progression. Quand on arrive à faire progresser des joueurs, c’est une victoire. Je pense que transmettre la performance, aujourd’hui,n’est pas plus difficile qu’hier. Il suffit de parvenir à faire accepter son projet, et que les joueurs y adhèrent. La priorité d’un projet avant d’être collectif doit être individualisé. Un projet accepté est un projet qui réussit. Je me souviens qu’en 1989, lors de la finale retour à Orthez (Limoges s’était imposé à l’aller 108-97), j’avais dit à mes joueurs : « C’est votre finale. Jouez la finale comme vous lesentez ! » Nous n’avions qu’un seul système et tout le monde se l’était approprié. Ce jour-là, on gagne (102-96) et Richard Dacoury fait un match extraordinaire. Chez nous, la cohésion n’était pas le fruit d’une séance de cohésion ou d’une journée-cohésion, elle s’affichait toute la saison. Obtenir toutes les valeurs qu’une équipe, c’est réussir à trouver l’équilibre entre la cohérence et la cohésion. L’un ne va pas sans l’autre.

« Le plus difficile n’est pas d’entraîner ou de recruter des jeunes ou des joueurs pros, mais de découvrir toutes les valeurs qu’ils ont en eux ».

‍Recueilli par Gilles NAVARRO

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